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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 10:46
St CharlesC’est un superbe édifice, méconnu et mal documenté, que l’église Saint-Charles intra-muros, rue Grignan (Saint-Charles extra-muros est l’église de la Belle-de-Mai).
Elle a remplacé une modeste chapelle aménagée sous l’Empire, sous le patronage de Saint-Jérôme, prénom de Mgr de Cicé, premier archevêque concordataire des Bouches-du-Rhône et du Var. Elle doit son vocable actuel à Charles-Fortuné de Mazenod, premier évêque du nouveau diocèse de Marseille rétabli sous la Restauration. Elle a été construite de 1826 à 1834 par Mouren et Guieu, entrepreneurs - le premier étant ordinairement considéré comme l’architecte -, et consacrée le 3 novembre 1828 par Mgr de Mazenod. Le chœur a été terminé en dernier, ainsi que le clocher. Des réparations seront nécessaires en 1843, des lézardes étant apparues dans les voûtes (le sol de ce quartier semble instable, ce qui posera de gros problèmes lors de la construction, à proximité, du Palais de Justice). En 1850, on recouvre de marbre les quatre piliers de la coupole, puis en 1868 le reste de l’édifice. Cantini est choisi pour cela ; les travaux seront surveillés par Condamin et Verdier, ingénieurs-architectes.
 
Une architecture élégante et dépouillée
Souvent qualifié sommairement d’église « néo-Renaissance », cet édifice très homogène semble plutôt constituer, en ce début du XIXe siècle, un exemple de la permanence de modèles d’Ancien Régime. La silhouette et la façade pourraient faire d’abord penser à Notre-Dame-des-Victoires de Paris (Le Muet, 1629 et Cartault, 1740, façade). En fait, l’inspiration semble locale. Le plan centré, dont la croisée est surmontée d’une coupole, est très proche de celui de la « magnifique église » du couvent des religieux franciscains, dits de Picpus, consacrée en 1749, qui était située à l’emplacement de l’actuelle annexe du Palais de justice et fut sanctuaire paroissial du quartier entre 1790 et 1794. Elle fut ruinée sous la Terreur, mais ses restes subsistaient dans les premières décennies du XIXe siècle et les paroissiens aisés qui aidèrent au financement de la nouvelle église ont pu demander à l’architecte de s’en inspirer.
La façade, d’un classicisme très sobre, comporte des colonnes engagées d’ordre ionique dans la partie basse, un puissant entablement surmonté de stylobates soutenant des pilastres d’ordre corinthien et encadrant une fenêtre en plein cintre, le tout coiffé d’un fronton triangulaire sans décor. Il est aisé d’observer qu’elle dérive directement de celle de l’église des Chartreux (Dom Berger, 1680), dont l’ordre supérieur est littéralement transposé, y compris ses ailerons étroits très caractéristiques. L’église de l’ancienne chartreuse était alors considérée comme la plus belle de Marseille ; elle servit notamment de modèle de référence à Pascal Coste dans son enseignement à l’Ecole gratuite de dessin : Mouren en aurait-t-il été élève ?
 
Tableaux et statues : la marque du « renouveau catholique »
Cinq petits tableaux « assez médiocres » ornèrent initialement le chœur. En 1836-1837, le gouvernement attribue à l’église le grand tableau de L’Adoration des mages de Jean-Joseph Dassy (1796-1865), peint à Rome en 1836 et exposé au Salon de 1837. Mais ses dimensions ne correspondent pas à celles des quatre autres toiles restées en place. Pour les remplacer, on commande en 1838 à Augustin Aubert (1781-1857) quatre grands tableaux de même dimension que l’oeuvre de Dassy, qui viennent l’encadrer : la Crucifixion, la Résurrection, l’Ascension et la Transfiguration. Ce bel ensemble se situe entre la Visitation d’Aubert à Notre-Dame-du-Mont (1827) et la réalisation des tableaux de Saint-Lazare, en particulier du triptyque peint par Dassy pour le chœur. Il témoigne de l’essor de la peinture religieuse marseillaise sous la Monarchie de Juillet, au temps du « renouveau catholique » qu’incarne à Marseille saint Eugène de Mazenod, qui a succédé en 1832 à son oncle.
 
La statue de la Vierge à l’Enfant, dite « Notre-Dame des malades », est une oeuvreundefined certaine d’Honoré Coder (1784-1845), artiste qui réalisa à Marseille de remarquables statues modelées en carton-pierre (la plus célèbre est l’Assomption de la Major). Deux autres effigies de très grande qualité pourraient être hypothétiquement attribuées à son atelier, saint Joseph et surtout saint Charles Borromée. Ce dernier serait digne de figurer dans une église d’Italie du sud, région où la technique du carton-pierre a produit des chefs d’oeuvre.
 
Orgues et musiciens célèbres
En 1831, les Gazeau construisent un premier orgue, remplacé en 1859 par un grand orgue romantique du célèbre facteur Aristide Cavaillé-Coll, le premier de cette prestigieuse maison parisienne à être introduit à Marseille. Il est inauguré par l’organiste de la Madeleine à Paris, Lefébure-Wely, le 18 avril 1859. Théodore Thurner en est le premier titulaire, auquel succèderont F. de Mol, Henri Messerer, Véra Gastine, Joseph Vidal…
En 1857, A. Cavaillé-Coll a également installé dans l’église un orgue de chœur, remplacé en 1883 par un autre instrument du facteur marseillais François Mader.
 
Un beau mobilier
Réalisé en 1891 par Jules Cantini, le maître-autel est une œuvre monumentale néo-baroque en marbre polychrome qui s’inspire fortement de l’autel des Bernardines (Dominique Fossaty, 1756), aujourd’hui dans l’église Saint-Cannat. La chaire à prêcher date de la même époque ; elle a été réalisée sur un dessin de l’architecte toulonnais Gaudensi Allard, frère d’André Allard, qui sculpta la fontaine Cantini.
Le XXe siècle est enfin honorablement représenté par deux statues, saint Yves (patron des avocats) et saint Antoine de Padoue de Louis Castex (1868-1954).
 
Des recherches à poursuivre
Trois tableaux ne sont pas encore documentés. Un Christ aux outrages et une Crucifixion de saint Pierre paraissent plus anciens que l’église (XVIIe siècle ?). Ils pourraient provenir d’un édifice conventuel disparu à la Révolution.
Un vaste Baptême du Christ en piteux état, au-dessus des fonts baptismaux, est considéré comme médiocre en 1869 par un auteur qui a dû y lire une signature, car il indique qu’il est de « Marchand ». Ce patronyme est assez courant, mais il ne serait pas impossible qu’il s’agisse de Joseph-Martin Marchand, artiste qui est surtout connu pour son portefeuille de dessins des monuments de Marseille détruits pendant la Révolution. Il habitait en effet à l’emplacement actuel de la Caisse d’épargne et mourut en 1845. Ce serait dans ce cas sa seule toile connue.
 
Ce beau sanctuaire mériterait une restauration intérieure soignée, respectueuse en particulier des décors en trompe l’œil de ses voûtes, analogue à celle que les Dominicains ont fait récemment réaliser dans le chœur de leur église.
 
Régis Bertrand 
et Jean-Michel Sanchez

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Published by San Carlo - dans Historique
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