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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 20:57

 

Messe 12 janvier 2012

 

Eglise Saint Charles

Chers amis, frères et sœurs,

C’est pour moi une joie que de célébrer avec vous aujourd’hui l’ouverture de l’année judiciaire de votre tribunal. C’est aussi une grande joie que de constater et de louer la fidélité avec laquelle vous participez à cette célébration.

Cette fidélité n’est pas uniquement une tradition, aussi pieuse qu’elle soit, je pense qu’elle signifie beaucoup plus que cela. Bien sûr d’aucuns pensent sans doute y voir la manifestation un peu ostentatoire d’une foi que l’on voudrait voir reléguer dans les oubliettes de nos consciences sinon de l’Histoire elle-même. Mais je ne crois pas, là encore que vous soyez venus ce matin devant le Seigneur par esprit de fierté ou d’orgueil. Je pense même qu’il s’agit exactement du contraire.

En vous plaçant au début de cette année sous le regard de Dieu, nous y voyons une démarche d’humilité véritable et juste. Vous qui êtes chargés de grandes responsabilités, de dire le droit et de rendre la Justice, vous venez ici en ce matin demander à Dieu la force et la clairvoyance nécessaires pour faire cela d’une manière digne et compétente. Cette démarche est bien la marque d’une humilité face à un devoir qui vous dépasse tous, face à une fonction qui est la vôtre et dont vous sentez bien qu’elle ne peut se résumer ni à une élection ni à une nomination aussi prestigieuse soit elle.

En venant devant le Seigneur, ce n’est pas l’orgueil ou je ne sais quel esprit de revendication qui vous anime, mais le sentiment profond que vous êtes les dépositaires d’une mission, d’un ministère dont la légitimité se fonde bien au-delà et bien au-dessus de la simple application des Lois. Montesquieu voulait que les juges fussent seulement la « bouche de la Loi », mais cela ne saurait suffire à donner à vos décisions la force et la valeur nécessaires, il vous faut être surtout les instruments de la Justice, d’une justice rendue pour les hommes et au service des hommes.

Là où vous êtes et dans les circonstances actuelles que nous vivons c’est bien l’humanité qu’il nous faut prendre en compte afin de nous souvenir que nous ne sommes pas des mécaniques ou les jouets d’une situation économique. L’humanité, le respect de la dignité de la personne humaine est le cœur ou devrait être le cœur de nos préoccupations notamment dans la vie économique et sociale que vous avez à connaître. La recherche de la justice ne saurait être la simple application logique presque arithmétique de principes juridiques, il convient d’y mettre de l’humanité et de se souvenir que tout cela n’existe que par et pour l’humanité.

Pour nous chrétien nous connaissons la réponse à notre recherche de la Justice, elle se trouve dans le visage du Christ, dans les gestes et les paroles de Celui qui est venu dans ce monde non pas seulement pour nous guérir physiquement, comme dans l’évangile que nous venons d’entendre, mais aussi et surtout pour nous révéler par là même, la grandeur et la beauté de la personne humaine : la vocation à l’Amour. Oui à la place où vous êtes, vous avez certainement conscience que dire le droit c’est avant tout prendre soin de la beauté de la personne humaine, y compris lorsqu’il convient de la redresser, parce qu’il y a quelque chose en elle qui transcende la seule réalité subjective et que vous êtes au service de cette transcendance et non pas des intérêts des uns ou des autres voire de vous-même. En un mot, vous participez à la recherche de ce Bien Commun si cher à la Doctrine Sociale de l’Église qui est le seul cadre possible dans lequel la recherche commune du bonheur et de la place de chacun peut trouver sa force et son plein épanouissement. Le Concile Vatican II s’exprimait ainsi, « dans la vie économique et sociale aussi, il faut honorer et promouvoir la dignité de la personne humaine, sa vocation intégrale et le bien de toute la société. C’est l’homme en effet qui est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économique et sociale ». GS 63.

Je crois que les affaires auxquelles vous êtes confrontés tous les jours vous rappellent au combien la vérité de cette simple constatation. La justice que vous rendez ne saurait être seulement la recherche de l’ordre, elle doit surtout au final exprimer l’amour des hommes. Notre Saint Père le Pape Benoît XVI nous rappelle « Non seulement la Justice n’est pas étrangère à la charité, non seulement elle n’est pas une voie alternative ou parallèle à la charité : la justice est inséparable de la charité, elle lui est intrinsèque ». C’est là la véritable grandeur de votre mission. Et il est beau en ce matin de voir des hommes et des femmes revêtus de cette haute fonction de dire la Justice, venir rappeler par cet acte d’humilité devant le Créateur, la vive conscience que vous avez de ce ministère au service du Bien commun de notre société. Soyez attentifs dans vos décisions à vous souvenir que le bien commun n’est pas simplement la recherche d’un bien considéré en lui-même, mais qu’il est la recherche d’un bien pour les personnes qui appartiennent à notre société. « On aime d’autant plus efficacement l’autre que l’on travaille davantage en faveur du bien commun » C’est, en dernière analyse, au service de la Charité que tout votre engagement, toute votre mission, doivent tendre pour répondre à cette question de la valeur de la Justice que vous être chargés de rendre.

Seul Dieu peut nous empêcher du vertige qui pourrait nous prendre lorsque nous considérons l’immense distance qui sépare la Justice que nous rendons et la Justice que nous voudrions rendre. C’est la contemplation simple et profonde du visage du Christ qui peut nous instruire sur le chemin à suivre et les actes que nous devons poser pour rendre à chacun ce qui lui est du.

Oui chers amis, frères et sœurs, je suis heureux aujourd’hui de célébrer avec vous cette Messe où nous faisons preuve de cette humilité qui est la marque de la véritable grandeur. En vous mettant à l’écoute de la Sagesse de Dieu vous manifestez la véritable sagesse que l’on se doit d’attendre de vous. Hors de toute polémique vous vous situez dans la seule attitude juste possible. Inscrits dans le temps, dans l’espace dans une société donnée qui est la nôtre, votre engagement au service de la Justice et partant de la charité envers toute personne qui vient à vous, vous ouvrez un chemin qui nous place tous devant la beauté de la personne humaine appelée dès ici-bas à manifester son attachement au monde à venir, à l’avènement de la Cité de Dieu. Faisons donc notre cet appel pressant du Christ, « Recherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33)

Ainsi, ayant l’amour comme guide et but de votre ministère par cet acte fidèle d’humilité vous en aurez manifesté l’immense grandeur.

 Monsieur l'Abbé Stéphan SCIORTINO-BAYART
Presbytère
Cour de Clastre
13400 AUBAGNE


 

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