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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 07:33

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Homélie pour la fête de

Saint-Victor de Marseille – 21 juillet 2013.

 

Textes de la Parole de Dieu :

Introït : psaume 53, 6-7

1ère lettre de St Paul aux Corinthiens 1,10, 6-13

Evangile selon St Luc, 19, 41-47

 

-o-

 

 

 

+ Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen

Chers frères et sœurs,

         Alors que la liturgie nous fait célébrer le 9ème dimanche après la Pentecôte, (missel de 1962), dans le diocèse de Marseille, nous faisons mémoire de Saint Victor et de ses compagnons. Comme nous l’avons chanté dans l’Introït de cette messe, « le Seigneur nous est venu en aide et soutient nos âmes ». (Ps 53,6-7).

En cette année de la Foi, et à la suite des témoins oculaires de la résurrection de Jésus, nous proclamons partout dans le monde « Christ est Vivant, nous en sommes témoins » et désormais, comme les veilleurs de l’évangile, nous sommes porteurs de la Bonne Nouvelle.

         Dès le début du christianisme, ils furent nombreux ceux qui suivirent la Voie, ceux qui suivirent Jésus, parce qu'il était le Chemin, la Résurrection, la Vérité et la Vie. Eux aussi, en ces siècles, ont manifesté leur désaccord devant une société qui ne respectait rien, où l’homme était bafoué dans sa dignité, et où le mensonge avait court. Pensons aux empereurs dépravés, à la morale douteuse. Les premiers chrétiens manifestèrent leur désaccord en résistant, souvent sans rien dire, mais montrant, par leur vie donnée au Christ, le témoignage de la foi.

 Comment Marseille fut-elle évangélisée par ceux que la tradition nous montre comme partis de Palestine, sans gouvernails, ni voiles, mais ayant soif de redire et de vivre au milieu de leurs semblables ce qui désormais animait toute leur vie ?

C’est Lazare, le ressuscité de Béthanie, Marie-Madeleine la convertie, elle qui avait laissé couler ses larmes sur les pieds du Messie, l’envoyé de l’Eternel et qui les essuyait de ses cheveux, les oignant d'un baume précieux... Ils furent accueillis par la communauté juive du temps, mais aussi par les Grecs et les Romains désormais fixés à Massalia et qui, au milieu des nombreuses idoles, découvraient enfin le vrai Dieu par leur prédication. Ils se faisaient baptiser au nom du Dieu Trinité, Dieu d'Amour, et quelques années plus tard, dans ce grand baptistère, désormais enfoui sous la nouvelle cathédrale. Cet édifice, ce lieu de régénérescence en Christ, mesurait près de 25 m de côté, et l’on apercevait de loin en venant par la mer, rappelant que la communauté chrétienne, bien établie à Marseille, engendrait de nombreux enfants au Christ. Désormais ils devenaient enfants de Dieu et de l'Eglise, les liens de l'esclavage du péché tombaient, tous étaient frères en Jésus-Christ.

         Leur témoignage, le don de leur vie lors des persécutions, leur sang qui empourprait généreusement le sol marseillais, devenaient semence de chrétiens. Déjà en 143, par la rue de Paradis et la rue Sainte, tout près de notre église St Charles, on se rendait dans cette vaste nécropole, où dans les catacombes se trouvait le premier oratoire sur la terre des Gaules, dédié à la Vierge Marie. C’est dans ce vallon qui descendait vers la mer qu’eurent lieu les premières synaxes, c’est-à-dire les premières eucharisties, tout près de la tombe des martyrs vénérés. Car Marseille paya un lourd tribut à la persécution. Les actes du martyr Victor et de ses compagnons en témoignent. (Panégyrique ancien).

         En 250, lors de la persécution de Dèce, ce sont vraisemblablement Volusien et Fortunat qui seront les premiers témoins connus du christianisme à Marseille, relayés par tous les autres, inconnus, qui reposent avec eux, dans la catacombe qui fait face à la ville de Marseille, ou dans celle de la rue Malaval qui fut récemment découverte et dont on ne connait ni le nom, ni la titulature, car nous n’avons pas de texte.

         En 304, Dioclétien et Maximien annoncent la  reprise de la persécution des chrétiens, car ceux-ci  mettent à mal les fondations de l'Empire. Peut-on tout baser sur l'amour, sur l'égalité entre les personnes, reconnaître l'autre comme un frère et l'aimer ? Mais alors, plus d'esclaves, plus d'idoles, plus de sacrifices, plus de temples, plus de mœurs dépravées ?... Ce changement radical de culture allait entraîner des arrestations et, pour faire des exemples, des condamnations retentissantes.

         Victor sera dans cette tranche de vengeance et c’est lui que l'on montrera comme l'exemple à ne pas suivre. Officier d'une légion Thébaine, en poste à Marseille, converti à la Voie du Christ, vraisemblablement chef de la communauté chrétienne, c’est "l’épiscope", le surveillant, le nautonier, l’évêque… ; il est repéré, arrêté, jugé et condamné. Son procès est édifiant et devant ses juges « il ne lâche rien ». Il était assez facile de se faire reconnaître comme un chrétien : on proposait d'offrir de l'encens devant la statue de l'empereur, ce que les chrétiens ne pouvaient accomplir, devant un humain divinisé. Victor refusa évidemment ; son procès, connu, lu et médité dans la première communauté chrétienne, donnait de courage à ceux qui devaient subir le même sort. Il fut mis à mort quelques jours plus tard, trainé à la queue d’un cheval, les membres brisés sous une meule, puis inhumé dans la nécropole qui bientôt portera son nom. Il y repose avec ses compagnons, Longin, Alexandre et Deutérius.

         Jean Cassien, en arrivant à Marseille au printemps 415, établira sa communauté cénobitique en ces lieux de silence et de mémoire, où le culte des martyrs était bien enraciné. Amené de Palestine, par Lazarus, l'évêque d'Aix, retenu par celui de Marseille, Proculus, Cassien pose les bases et les fondements de la vie monastique qui prendront racine dans cette nécropole pour de nombreux siècles. Cassien, l'homme de la paix, le chercheur de Dieu, donnant la règle de vie à ses anachorètes ; Cassien, le chantre de l'Incarnation et de Marie, qu’il nomme et prie sous le beau vocable de « Théotokos », que reprendra le Concile d’Ephèse. C'est à lui que l'on doit le titre de Ste Marie, Mère de Dieu, ainsi que la petite basilique construite au dessus de la Mémoria, et de l’atrium du Vème siècle qui vient d’être bellement restauré. Les écrits anciens mentionnent que l'édifice fut consacré en 440, par le Pape Léon le grand, et dédié à la Vierge Marie et à Saint Jean-Baptiste.

         C’est tout près de leurs reliques que ceux qui y viennent prier ravivent leur foi, en témoignant de l'amour que le Christ a mis en nos cœurs. Souvenons-nous, en cette fête de St Victor, qu'avec les martyrs, nous aussi, nous devons compléter dans nos vies, ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son Corps qui est l'Eglise, en devenant nous-mêmes des saints. Car le Christ par son Corps et son Sang, par les sacrements, par le mystère de l’Eglise, par notre présence et la sainteté de tous ses élus, est au milieu de nous ; il est pour nous l'espérance et la gloire et nous demande de marcher à sa suite et à grands pas, vers le chemin de sainteté qu'il nous montre par son Evangile.

         Cette fête, nous la célébrons dans la joie, en nous rappelant que nous devons chasser de notre vie, toutes les idoles qui l’encombrent, sans nous livrer au péché, afin de ne pas provoquer le Seigneur, comme nous le dit St Paul dans sa lettre aux Corinthiens.

Mais Dieu est pour nous un père et il met dans nos cœurs la force de résister à la tentation et au péché. Faisons de notre moi intérieur, de notre âme, une véritable maison de prière, où jour après jour, nous invoquons le nom béni du Seigneur.

         Que, Victor et ses compagnons, Ste Marie-Madeleine et St Jean Cassien, intercèdent pour nous auprès du Seigneur. A l’exemple de St Charles Borromée, soyons humbles de cœur et que la Vierge Marie accompagne toujours nos vies, celles de nos enfants et de tous ceux qui nous sont chers.                                          Amen.      

Mgr Jean-Pierre Ellul.  

Pentecote 1 - 2010

 

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