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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 07:05

                      

Frères et Soeurs, alors que nous nous préparons à entrer en carême dans 3 semaines, hier matin, samedi 15 février, jour anniversaire de sa mort en 1730, s’est ouvert dans la basilique du Sacré-Cœur, le procès en béatification et canonisation de notre jeune visitandine Anne-Madeleine Rémuzat.

C’est dans notre basilique que la relique de son cœur a été déposée, en 1986 lorsque les Visitandines de St Jérôme quittèrent Marseille pour rejoindre le monastère de Voiron.

A la lecture des textes de ce dimanche de la Septuagésime, on peut se demander s’il y a un intérêt à remettre en lumière la spiritualité d'Anne-Madeleine Rémuzat et si elle peut nous être utile encore aujourd’hui.

 « Nous vous supplions Seigneur d’exaucer dans votre bonté les prières de votre peuple, afin que votre miséricorde nous délivre ». (Collecte)

Cette miséricorde du Seigneur, elle en a été le témoin durant toute son existence. Le Seigneur lui a enseigné le chemin de l’évangile, elle a gardé sa loi d’amour et l’a observée. Toute jeune, elle a été choisie par le Christ pour être sa messagère, son disciple, son porte-parole, « sa victime », comme on disait en ce temps-là ! Le 2 octobre 1711, elle entre au couvent des Grandes-Marie situé derrière la Vieille Charité. Mgr de Belsunce préside lui-même la cérémonie de sa prise d’habit le 14 janvier 1712 : Madeleine reçoit le nom d’Anne-Madeleine. Un an plus tard, le 23 janvier 1713, elle prononce ses vœux. Elle a seize ans et quelques mois.

Saisie par le Christ, elle le restera durant toute sa vie, mettant en pratique et à la lettre, les conseils évangéliques. Le 17 octobre 1713, jour anniversaire de la mort de Marguerite-Marie, elle écrit dans une lettre : « Jésus-Christ me fit connaître, d’une manière particulière et extraordinaire, ses desseins sur moi, touchant la gloire de son Cœur adorable. »

Suivront des temps d’extases pendant ses oraisons, de nombreuses « conversations » avec le Christ et avec la Sainte Trinité.

A l’époque de sœur Anne-Madeleine on inclinait vers la rigueur de la justice, tout en implorant la surabondance de la miséricorde. On se rappelle la grande peste de 1720, où durant ce fléau, Mgr de Belsunce consacra au Cœur Sacré de Jésus, le diocèse et notre ville de Marseille.

 

 

De nos jours on se tourne vers la miséricorde : serait-ce jusqu'à oublier la justice ? Seules les Saintes Ecritures nous permettent de chercher et de trouver le point d'équilibre dans le Christ, qui est à la fois notre Juge et notre Avocat.

Nous venons d’entendre Jésus nous en parler dans l’évangile de ce jour. La spiritualité d’Anne-Madeleine, et c’est inévitable, est marquée par son époque, mais elle ne vit pas que de visions et d’extases ! Elle est bien incarnée et accomplit ses tâches au quotidien.

C’est vrai aussi qu’en ce temps-là, le ciel appelle des « victimes », menace de sa « colère », exige des « réparations », montre « un bras vengeur », explose de fureur par des châtiments épouvantables, exige d'être rigoureusement apaisé pour que justice soit faite. [1]

Dans cet esprit implacable, Anne-Madeleine reste dans la prière et la confiance, torture son corps, demande plus de souffrances, ruine sa santé, et meurt prématurément. « Des profondeurs je crie vers toi Seigneur, écoute mon appel, sois attentif aux cris de ma prière ».

A l’inverse, notre époque est imbibée de « libéralisme » moral qui fait que chacun aspire au bien-être individuel, recherche le confort matériel, reste à l'écoute de son corps pour qu'il soit épanoui, beau, satisfait. Notre époque n'entend pas le langage évangélique : elle répugne à l'écouter. Et pourtant, nous ne pouvons pas rejeter, cacher, travestir les paroles du Seigneur.

Dans le contexte troublé de son époque, elle reçoit une vocation assez étonnante, celle de médiatrice. Elle se fait l’écho de la volonté de Dieu auprès des personnes qui viennent se confier à elle, avec leurs questions et  leurs perplexités, dans un temps facile pour les chrétiens, avec un jansénisme virulent et pour certains une désobéissance totale. Elle a reçu la grâce de lire dans les consciences, et ainsi elle peut dire, suggérer ce que le Seigneur attend de ceux qui viennent la voir.

Mais dans son itinéraire spirituel, sœur Rémuzat va connaître aussi l’épreuve de la nuit mystique, longue et douloureuse. Pourtant elle reste fidèle au Seigneur. Elle reçoit les stigmates, comme signe de son union totale au Christ. Il y a toujours chez elle – et c’est important de le souligner pour bien comprendre sa spiritualité – cette conscience de la coopération, entre sa propre disponibilité humaine et la puissance divine de la grâce.

Les dernières années de sa vie  se passent dans des souffrances inouïes. Son union au Sacré-Cœur devient alors de plus en plus forte, jusqu’à ce « déplacement » de son cœur, plongé dans la « fournaise ardente » du Cœur du Christ, dont on retrouvera la trace sur son sein, lors de sa mort.

Pour résumer ce chemin qui lui est propre, se caractérise, par trois accents qui sont d’une grande pertinence théologique pour notre temps :

  • D’abord la confiance en la miséricorde de Dieu.

  • Ensuite, la conscience de la coopération entre la grâce de Dieu et la liberté de l’homme, nécessaire à l’éclosion et au développement de toute vocation.

  • Enfin, une forte volonté de disponibilité totale au mouvement de la grâce en elle, mouvement qui la dispose au service des autres et sert ainsi la gloire de Dieu. « Une passion d’amour » : voilà ce que fut sa vie, durant 33 ans.[2]

Vous retrouverez l’histoire de sa vie dans les petits livrets qui sont à votre disposition à la sortie de cette messe, avec une image et la prière pour demander sa béatification et les nombreuses grâces qu’elle nous obtient.

Quelques semaines avant l’entrée en carême, que la servante de Dieu Anne-Madeleine Rémuzat, nous permette de mieux rencontrer le Christ Jésus. Il vient nous demander de changer de vie, de convertir notre cœur, nos regards, nos colères, notre orgueil, de cesser nos récriminations devant les ouvriers de la 11ème heure. « Les derniers seront premiers et les premiers seront les derniers, oui, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus »

Faisons en sorte d’être trouvés dignes du Royaume.

L’évangile de ce jour nous en montre le chemin. Amen. Mgr Ellul.



[1] Père Robert Schoettel, Rapport théologique,10 janvier 2014, p.3.

[2] Mgr Jean-Marc Aveline, Rapport théologique, décembre 2013, p.12.

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 20:11

 

+ Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ! Amen.

         « Seigneur, prête une oreille attentive à nos prières. Nous sommes dans l’attente de l’Avènement de ta naissance sur terre, aussi, grande est notre joie. »

Car tu es proche de nous, nous le savons, et pourtant combien de fois sommes-nous dans une torpeur spirituelle qui ne nous permet pas de vivre en bons chrétiens. Mais tu es là, Seigneur notre Dieu, et la liturgie de ce 3ème dimanche de l’Avent vient nous recentrer sur l’essentiel, qui est de toujours mieux te connaître et t’aimer.

        Tu veux nous garder dans la paix et dans la joie, et déjà nous tournons nos regards vers la Vierge Marie, qui attend ta naissance. Comme elle, nous sommes dans la joie de l’attente ; comme elle, nous entonnons le Magnificat.

        Qui es-tu ? Qui est celui qui doit venir ? Quand viendra-t-il ? Ces questions nous nous les posons chaque année ; elles nous sont aussi posées par nos enfants et nos petits-enfants ; c’est alors que nous devons ouvrir la Parole de Dieu, rechercher et relire dans le Nouveau Testament, les textes de St Matthieu et de St Luc pour pouvoir leur répondre en toute vérité.

        Avec St Jean-Baptiste, nous devenons, nous-aussi, la voix qui crie dans le désert de nos villes : « Préparez les chemins du Seigneur ! » Et ce malgré les foules qui envahissent les magasins, les lumières qui nous aveuglent et nous empêchent de voir l’essentiel, les non-croyants ou les mal croyants qui nous entourent.

A eux aussi, surtout à eux, le Christ dit : « Je viens naître parmi vous pour vous donner à voir, comment Dieu le Père est tendresse et miséricorde, pour vous apporter la paix, pour que cessent les guerres, celles bien sûr qui agitent et déchirent le monde, mais aussi la guerre larvée, la guerre insidieuse dans nos familles, et qui fait tant de mal et de ravages, séparant les êtres, apportant la haine et le mal. Oui, le Seigneur vient bientôt naître parmi nous, pour nous apporter douceur et réconfort, pour nous permettre une fois encore d’être des artisans d’amour et de paix, nous qui sommes pécheurs, mais pardonnés par la tendresse de Dieu.

        Nous l’avons entendu dans l’Evangile : Jean-Baptiste dit que celui qui vient est plus puissant que lui, et que lui les baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu. Et le lendemain, il dira à tous ceux qui attendaient ce baptême de pénitence, cette phrase que nous redisons à chaque messe, lorsque le Corps du Christ nous est présenté avant de communier : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde ».

        Alors, voulez-vous méditer un court instant, sur la réponse que nous donnons, qu’elle soit dite en latin ou en français ? Nous affirmons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ! », reprenant la phrase du centurion dont l’enfant était malade. Il ne se sentait pas digne que Jésus, qu’il avait entendu prêcher et qui avait bouleversé son cœur, puisse venir dans sa maison. Mais la foi qu’il avait mise en ce Messie tant attendu, avait réalisé la guérison de son enfant.

        Et pour nous, chers frères et sœurs, qu’en est-il ?

-Seigneur je ne suis pas digne :

C’est vrai Seigneur, quelques fois, je ne me trouve pas digne de te recevoir. Ma vie chrétienne a besoin d’être renforcée dans la foi et la confiance ; je sais que tu m’aimes, mais je continue encore et toujours à me laisser aller au péché, à la médisance, à la calomnie ; oui je me détourne de toi, je n’écoute pas ta parole.

-Dis seulement une parole :

        Cette parole Seigneur, c’est celle que j’entends lorsque je vais me confesser : « Je te pardonne, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen ! » Et que je réponde amen, (que je ne dis pas d’ailleurs, en pensant que c’est trop moderne…) ou Ainsi soit-il, (ce qui est la traduction bien plus ancienne)…je n’ai même pas conscience qu’en disant « Ainsi soit-il », je me dois de me garder du péché.

Et pourtant ? En ancien ou en moderne, je pèche encore. Viens à mon secours Seigneur, viens raboter en moi ce qui est élevé d’orgueil et de suffisante, viens aplanir le chemin de mon âme, encore encombré de trop de choses, pour que tu puisses passer dans ma vie ; accorde-moi ton pardon pour que je puisse célébrer dans la joie ta naissance.

        Cette joie je l’ai en moi et je te promets de la dispenser autour de moi. C’est la joie de te connaître, de t’être consacré depuis le jour de mon baptême, d’être conscient que je fais partie de ton Eglise, et que je dois, tous les jours et sans cesse, témoigner que tu es vivant et que tu es le seul chemin, celui de la vérité et de la vie éternelle.

        Donne-moi cette joie Seigneur. Mais pour pouvoir nous rendre compte de la chance que nous avons de posséder la joie du Christ, il faut entendre ces paroles du pape François dans l’Exhortation Apostolique : «  Gaudii Evangelium » du 24 novembre dernier, lors de la clôture de l’Année de la Foi à Rome.

 « Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, c’est une tristesse individualiste, qui vient du cœur bien installé et avare ; de la recherche maladive de plaisirs superficiels ; de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus.

Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité.

Aussi le pape dit : « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même, sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse.

Il n’y a pas de motif pour lequel, quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclus de la joie que nous apporte le Seigneur ».[1]

Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts ».

C’est le moment pour dire à Jésus : « Seigneur, je me suis laissé tromper, de mille manières j’ai fui ton amour, cependant je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi. J’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau, accepte-moi, encore une fois entre tes bras rédempteurs ».

Cela nous fait tant de bien de revenir à lui quand nous nous sommes perdus ! J’insiste encore une fois : Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. Celui qui nous a invités à pardonner (77 fois) « soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 22) nous donne l’exemple : il pardonne soixante-dix fois sept fois ! Il revient nous charger sur ses épaules une fois après l’autre.

Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable. Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie ».

Recevons ces paroles du pape François, elles nous permettrons peut-être de mieux préparer notre confession de Noël…

Je termine en vous souhaitant une belle préparation à Noël, vous invitant à vous confesser et ensuite à rayonner de cette joie intérieure, qui vient de celui qui se fait tout petit, pour nous inviter nous même à être doux et humbles de cœur.

Que la paix et la joie du Seigneur soient toujours avec vous. Amen.

+ Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il !

Mgr J-P Ellul

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 06:17

Hom-lie-St-Charles.jpg

+ Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

La fête de St Charles, nous permet d’année en année d’approfondir sa vie et son message. Né le 2 octobre1538 à Arona dans le Piémont, il meurt à Milan le 3 novembre 1584. Il sera canonisé le 1er novembre 1610 par le pape Paul V.

Il est vraiment enraciné dans l’Evangile et le Concile de Trente. Le petit « Carletino », richissime, mondain et englué dans son siècle, s’est converti ; il est devenu prêtre, évêque et cardinal de Milan, géant de la réforme épiscopale, pionnier de la pastorale moderne et surtout en ces temps difficiles qui sont les siens, pour réformer l’Eglise, « le bon génie de Pie VI ».

Il va jeter pour plusieurs siècles sa lumière sur l’Eglise, qui en est encore aujourd’hui son héritière. Découvrez sa vie, lisez ses œuvres et vous y découvrirez de vrais cours de théologie pastorale. Mais vous serez aussi témoin de sa grande générosité, puisée dans les conseils évangéliques et sa grande disponibilité, qui découvre un vrai cœur de prêtre tout donné au Christ dans l’humilité la plus totale.

Ses contemporains ont reçu et accepté, à part quelques exceptions, ses conseils de réformes profondes de l’Eglise. Dans une Eglise en fermentation, travaillée surtout par la question du salut, son zèle apostolique et sa charité sont une manifestation éclatante du réveil spirituel et pastoral qui s’amorça en son temps et sera une réplique vivante aux positions protestantes, quant à l’utilité des œuvres et à la valeur des rites et du saint sacrifice de la messe.

La postérité  gardera de St Charles, le souvenir d’un pasteur penché avec tendresse sur les besoins matériels et moraux de ses nombreux fidèles. Aucun saint des temps nouveaux n’a été aussi souvent représenté que lui, et ce, avant même sa canonisation. De nombreux contemporains connaissent son visage, grâce à une petite médaille gravée par Rossi en 1563, dont plus de 150 millions, furent frappées en son honneur, un an après sa canonisation, mais également par tous ses portraits qui ornent les autels. Nous connaissons la majestueuse statue, de près de 28 mètres, appelée « le Carléone » surplombant le lac majeur. Et ce qui est mis en évidence, c’est l’image du pasteur au service de son peuple, le riche qui distribue sa fortune aux pauvres, apporte son secours aux milanais durant la peste de 1576, servant de modèle à Mgr de Belsunce lors de la peste de 1720 à Marseille, mais aussi tous les tableaux le montrant, lui l’humble, l’homme de « l’humilitas », lisant un ouvrage et se contentant comme beaucoup de pauvres de son temps , d’un morceau de pain et d’un verre d’eau. La méditation de la passion du Seigneur lui donnera la force de poursuivre sa mission au milieu d’innombrables difficultés ; mais également ses temps de contemplation et d’adoration du Très Saint Sacrement.

Ne croyez pas que sa vie fut sans déconvenues. Certainement pas ! Avec une force d’âme peu commune, il a suscité des haines tenaces, des résistances, car rien ne peut le retenir dans sa mission. Il doit restaurer la discipline ecclésiastique, malgré les obstacles mis par les plus grands, et pourtant il a su imposer ses réformes au point que l’on pouvait dire que les réformes romaines étaient filles de la réforme milanaise. Vous connaissez cette phrase empreinte d’une grande jalousie du secrétaire du cardinal Farnèse, Annibal Caro, qui s’était écrié, rouge de colère : « Rome ne lui suffit plus, il lui faut aussi le monde entier ! » Quand on pense qu’il réalisera tout cela alors, qu’il n’a que 22 ans. Vous mesurerez la patience, la diplomatie et la ténacité qu’il a dû déployer, pour convaincre les princes et les grands dignitaires de l’Eglise.

Mais pour lui, ce sont les cérémonies liturgiques qui l’occupent, il va en contrôler la bonne tenue, le respect des rites ; ses contemporains seraient dans l’admiration, s’ils voyaient nos célébrations actuelles.

De son temps il n’en était pas ainsi, car c’était souvent le désordre et l’ignorance qui l’emportaient. Plus de musiques profanes dans les célébrations, la Bible et le Bréviaire sont révisés, ainsi que la composition du missel, achevé sous Pie V ; tout sera accompagné d’un compendium de la doctrine chrétienne et surtout il participera à l’élaboration du Catéchisme du Concile de Trente, qui sera publié en 1566.

Après avoir proposé un projet de réforme du Sacré-Collège et de la curie, il se chargera d’accompagner les travaux sur les Pères de l’Eglise et même sur le catalogue de l’Index. Pour lutter contre le relâchement des mœurs et les abus du carnaval, il instaure les confréries du Saint-Sacrement, du Rosaire et de la Croix. On a l’impression en lisant et en parcourant sa vie, qu’il en a mené plusieurs à la fois.

Mais le 2 novembre 1584, alors qu’il revient d’un pèlerinage à Turin, il prend froid ; de fortes fièvres l’oppressent et on le ramène mourant à Milan. Usé par la tâche immense qu’il a conduite, il s’éteint dans la nuit du 2 au 3 novembre. Il a 46 ans.

En 1610, alors que le procès ouvert de sa canonisation reprend, on fait procéder à l’ouverture de son tombeau : la dépouille est demeurée intacte malgré l’humidité. Lors de la messe de canonisation, St François de Sales en parlera comme « le grand miroir de l’ordre pastoral ». Il restera l’homme de la réforme qui a refait l’épiscopat et l’Eglise en Europe.

« Oh, oui, depuis longtemps, dira Fléchier, depuis longtemps, l’Eglise n’avait rien vu de plus grand qu’un archevêque, un cardinal, un neveu du pape, de très riche devenir le premier pauvre de son diocèse ».

Si cela pouvait nous servir d’exemple ! Car le ciel et la terre passeront, mais les paroles de Jésus seront toujours gravées dans nos cœurs. C’est ce que nous lui demanderons au cours du Saint Sacrifice de la messe. D’être doux et humble de cœur, comme nous y invite l’Evangile, de ne pas suivre tout vent de doctrines, mais de convertir notre vie, de délaisser le péché et rester sous le regard aimant de la Vierge Marie.

+ Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen. J-P. Ellul.

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 07:33

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Homélie pour la fête de

Saint-Victor de Marseille – 21 juillet 2013.

 

Textes de la Parole de Dieu :

Introït : psaume 53, 6-7

1ère lettre de St Paul aux Corinthiens 1,10, 6-13

Evangile selon St Luc, 19, 41-47

 

-o-

 

 

 

+ Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen

Chers frères et sœurs,

         Alors que la liturgie nous fait célébrer le 9ème dimanche après la Pentecôte, (missel de 1962), dans le diocèse de Marseille, nous faisons mémoire de Saint Victor et de ses compagnons. Comme nous l’avons chanté dans l’Introït de cette messe, « le Seigneur nous est venu en aide et soutient nos âmes ». (Ps 53,6-7).

En cette année de la Foi, et à la suite des témoins oculaires de la résurrection de Jésus, nous proclamons partout dans le monde « Christ est Vivant, nous en sommes témoins » et désormais, comme les veilleurs de l’évangile, nous sommes porteurs de la Bonne Nouvelle.

         Dès le début du christianisme, ils furent nombreux ceux qui suivirent la Voie, ceux qui suivirent Jésus, parce qu'il était le Chemin, la Résurrection, la Vérité et la Vie. Eux aussi, en ces siècles, ont manifesté leur désaccord devant une société qui ne respectait rien, où l’homme était bafoué dans sa dignité, et où le mensonge avait court. Pensons aux empereurs dépravés, à la morale douteuse. Les premiers chrétiens manifestèrent leur désaccord en résistant, souvent sans rien dire, mais montrant, par leur vie donnée au Christ, le témoignage de la foi.

 Comment Marseille fut-elle évangélisée par ceux que la tradition nous montre comme partis de Palestine, sans gouvernails, ni voiles, mais ayant soif de redire et de vivre au milieu de leurs semblables ce qui désormais animait toute leur vie ?

C’est Lazare, le ressuscité de Béthanie, Marie-Madeleine la convertie, elle qui avait laissé couler ses larmes sur les pieds du Messie, l’envoyé de l’Eternel et qui les essuyait de ses cheveux, les oignant d'un baume précieux... Ils furent accueillis par la communauté juive du temps, mais aussi par les Grecs et les Romains désormais fixés à Massalia et qui, au milieu des nombreuses idoles, découvraient enfin le vrai Dieu par leur prédication. Ils se faisaient baptiser au nom du Dieu Trinité, Dieu d'Amour, et quelques années plus tard, dans ce grand baptistère, désormais enfoui sous la nouvelle cathédrale. Cet édifice, ce lieu de régénérescence en Christ, mesurait près de 25 m de côté, et l’on apercevait de loin en venant par la mer, rappelant que la communauté chrétienne, bien établie à Marseille, engendrait de nombreux enfants au Christ. Désormais ils devenaient enfants de Dieu et de l'Eglise, les liens de l'esclavage du péché tombaient, tous étaient frères en Jésus-Christ.

         Leur témoignage, le don de leur vie lors des persécutions, leur sang qui empourprait généreusement le sol marseillais, devenaient semence de chrétiens. Déjà en 143, par la rue de Paradis et la rue Sainte, tout près de notre église St Charles, on se rendait dans cette vaste nécropole, où dans les catacombes se trouvait le premier oratoire sur la terre des Gaules, dédié à la Vierge Marie. C’est dans ce vallon qui descendait vers la mer qu’eurent lieu les premières synaxes, c’est-à-dire les premières eucharisties, tout près de la tombe des martyrs vénérés. Car Marseille paya un lourd tribut à la persécution. Les actes du martyr Victor et de ses compagnons en témoignent. (Panégyrique ancien).

         En 250, lors de la persécution de Dèce, ce sont vraisemblablement Volusien et Fortunat qui seront les premiers témoins connus du christianisme à Marseille, relayés par tous les autres, inconnus, qui reposent avec eux, dans la catacombe qui fait face à la ville de Marseille, ou dans celle de la rue Malaval qui fut récemment découverte et dont on ne connait ni le nom, ni la titulature, car nous n’avons pas de texte.

         En 304, Dioclétien et Maximien annoncent la  reprise de la persécution des chrétiens, car ceux-ci  mettent à mal les fondations de l'Empire. Peut-on tout baser sur l'amour, sur l'égalité entre les personnes, reconnaître l'autre comme un frère et l'aimer ? Mais alors, plus d'esclaves, plus d'idoles, plus de sacrifices, plus de temples, plus de mœurs dépravées ?... Ce changement radical de culture allait entraîner des arrestations et, pour faire des exemples, des condamnations retentissantes.

         Victor sera dans cette tranche de vengeance et c’est lui que l'on montrera comme l'exemple à ne pas suivre. Officier d'une légion Thébaine, en poste à Marseille, converti à la Voie du Christ, vraisemblablement chef de la communauté chrétienne, c’est "l’épiscope", le surveillant, le nautonier, l’évêque… ; il est repéré, arrêté, jugé et condamné. Son procès est édifiant et devant ses juges « il ne lâche rien ». Il était assez facile de se faire reconnaître comme un chrétien : on proposait d'offrir de l'encens devant la statue de l'empereur, ce que les chrétiens ne pouvaient accomplir, devant un humain divinisé. Victor refusa évidemment ; son procès, connu, lu et médité dans la première communauté chrétienne, donnait de courage à ceux qui devaient subir le même sort. Il fut mis à mort quelques jours plus tard, trainé à la queue d’un cheval, les membres brisés sous une meule, puis inhumé dans la nécropole qui bientôt portera son nom. Il y repose avec ses compagnons, Longin, Alexandre et Deutérius.

         Jean Cassien, en arrivant à Marseille au printemps 415, établira sa communauté cénobitique en ces lieux de silence et de mémoire, où le culte des martyrs était bien enraciné. Amené de Palestine, par Lazarus, l'évêque d'Aix, retenu par celui de Marseille, Proculus, Cassien pose les bases et les fondements de la vie monastique qui prendront racine dans cette nécropole pour de nombreux siècles. Cassien, l'homme de la paix, le chercheur de Dieu, donnant la règle de vie à ses anachorètes ; Cassien, le chantre de l'Incarnation et de Marie, qu’il nomme et prie sous le beau vocable de « Théotokos », que reprendra le Concile d’Ephèse. C'est à lui que l'on doit le titre de Ste Marie, Mère de Dieu, ainsi que la petite basilique construite au dessus de la Mémoria, et de l’atrium du Vème siècle qui vient d’être bellement restauré. Les écrits anciens mentionnent que l'édifice fut consacré en 440, par le Pape Léon le grand, et dédié à la Vierge Marie et à Saint Jean-Baptiste.

         C’est tout près de leurs reliques que ceux qui y viennent prier ravivent leur foi, en témoignant de l'amour que le Christ a mis en nos cœurs. Souvenons-nous, en cette fête de St Victor, qu'avec les martyrs, nous aussi, nous devons compléter dans nos vies, ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son Corps qui est l'Eglise, en devenant nous-mêmes des saints. Car le Christ par son Corps et son Sang, par les sacrements, par le mystère de l’Eglise, par notre présence et la sainteté de tous ses élus, est au milieu de nous ; il est pour nous l'espérance et la gloire et nous demande de marcher à sa suite et à grands pas, vers le chemin de sainteté qu'il nous montre par son Evangile.

         Cette fête, nous la célébrons dans la joie, en nous rappelant que nous devons chasser de notre vie, toutes les idoles qui l’encombrent, sans nous livrer au péché, afin de ne pas provoquer le Seigneur, comme nous le dit St Paul dans sa lettre aux Corinthiens.

Mais Dieu est pour nous un père et il met dans nos cœurs la force de résister à la tentation et au péché. Faisons de notre moi intérieur, de notre âme, une véritable maison de prière, où jour après jour, nous invoquons le nom béni du Seigneur.

         Que, Victor et ses compagnons, Ste Marie-Madeleine et St Jean Cassien, intercèdent pour nous auprès du Seigneur. A l’exemple de St Charles Borromée, soyons humbles de cœur et que la Vierge Marie accompagne toujours nos vies, celles de nos enfants et de tous ceux qui nous sont chers.                                          Amen.      

Mgr Jean-Pierre Ellul.  

Pentecote 1 - 2010

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 11:43

Homélie pour le 12 mai 2013 – Paroisse St Charles –

Fête de Ste Jeanne d’Arc.

 

Chers Frères et Sœurs,

Le calendrier liturgique nous fait célébrer Ste Jeanne d’Arc, entre les fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte, pour nous faire comprendre que Jésus élevé au ciel, ne nous laisse pas seul, mais de siècles en siècles communique à ses saints, à ceux qu’il a choisis, de porter sa Parole et de dire haut et fort son message d’amour. Ce message, Jeanne de Domrémy, l’a reçu de sa part, porté et proposé, aidée par les voix qu’elle entendait et par St Michel, le vainqueur du dragon maléfique.

Sa vie est une vie toute simple, dont on ne connait pas avec certitude la date de naissance, peut-être, avance-t-on celle du 6 janvier 1412 ? Mais on sait qu’elle était la dernière de 5 enfants. Ne sachant ni lire et écrire, elle saura signer son nom à la fin de sa vie, la légende en fait une bergère ; pourtant à son procès elle déclarera : « Chez mon père, je m’occupais des besognes de la maison, je n’allais jamais aux champs »…

Elle résolut de prendre comme ligne de conduite, les phrases des prières usuelles que sa mère lui apprit. Elle a une bonne éducation religieuse et souvent répète des phrases qu’elle entendait dans les sermons de son curé : « Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre » ; ou « Le plaisir de Dieu soit fait ! » Une éducation qui comprend l’assistance quotidienne à la sainte messe.

Et puis résonnent souvent en elle ces paroles de l’évangile de Matthieu « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Dans une époque où les méditations et les prières quotidiennes se font avec un crucifix sous les yeux, en contemplant les souffrances du Christ sur la croix, beaucoup d’âmes sont prêtes à partir combattre l’envahisseur. Notons également la formation franciscaine et son rayonnement : robe brune de Jeanne ; coupe de cheveux ; dévotion du nom de Jésus ; mais aussi ce « bois des sortilèges », où l’on allait chaque année, à la vigile de l’Ascension et où le curé proclamait le dernier évangile de St Jean. Ainsi l’Eglise s’appliquait-elle à achever la ruine des vieilles superstitions paysannes.

Elle a près de 13 ans quand elle entend la voix de St Michel ; il évoque devant elle, la pitié du Royaume de France et lui propose d’assumer la tâche de rétablir la situation, lorsque d’autres voix viennent se faire entendre et l’encouragent : Ste Catherine et Ste Marguerite. Que lui disent-elles ? Nous ne savons pas car Jeanne gardera ce secret toute sa vie. Trois ans durant, les voix lui parlent, puis deviennent impératives : il faut partir, car les Anglais envahissent Orléans ; alors elle part, demande un costume de cavalier, un cheval et se fait conduire à Chinon. Charles VII ne veut pas la recevoir, mais admise en sa présence, alors qu’il est caché au milieu de ses gentilshommes, elle le reconnaît et lui demande des soldats, pour lever le siège d’Orléans. Cette jeune fille de 16 ans, habillée en homme n’inspire pas confiance et pourtant en le revoyant quelques jours plus tard, et en lui parlant d’un secret que lui seul connait, il décide de la confier aux clercs de Poitiers, pour apprécier la véracité de son message divin.

Vous connaissez la grande geste de Jeanne, je n’y reviendrai pas, car le plus important pour elle est de faire sacrer le Roi à Reims, ce qui fut fait le 17 juillet 1429. Et pourtant le sort de Jeanne était scellé.

Trop de bravoure, d’audace, de ténacité pour cette jeune femme, qui ne pouvait aller au combat sans entendre la messe avec tous ses soldats et communier. Il fallait qu’ils soient tous en état de grâce, car ils combattaient pour Dieu et pour la France. L’oriflamme de près de 4 mètres portait les noms de Jésus et de Marie, et blessée par deux fois, elle sera toujours sur la brèche. Mais Jeanne, venue à Compiègne, sortit de la place durant la bataille et le pont levis fut remonté. Elle fut capturée et les Anglais chargèrent l’évêque de Beauvais, réfugié à Rouen, Pierre Cauchon, de négocier l’achat de la prisonnière. Il l’obtint pour 10.000 francs d’or.

Elle fut accusée de sorcellerie, car comment comprendre toute ses victoires si le démon ne l’accompagnait pas de son aide ? D’autres disant qu’elle prenait des filtres, tout cela fut dévoilé durant le procès… et au cours des siècles, l’histoire populaire fit de Pierre Cauchon un mauvais évêque, un vendu ; mais c’était en réalité un homme de grande réputation qui en 1403 avait été recteur de l’Université de Paris, remplissant d’importantes missions diplomatiques et licencié en décrets, il connaissait bien les procédures.

Après un procès très long, le jugement lui fut notifié le 23 mai 1431 : on l’exhorta à désavouer ses crimes et elle répondit : « Si je voyais le feu allumé, le bûcher, le bourreau, si j’étais moi-même dans le feu, je soutiendrais ce que j’ai dit au procès, jusqu’à la mort ! »

Jeanne fut condamnée à la détention perpétuelle, mais elle remit ses vêtements d’homme et de ce fait, elle fut déclarée relapse et condamnée de nouveau ; le 30 mai, vers 8h, elle fut conduite place du Vieux-Marché et brûlée vive. Au milieu des flammes, elle répéta que ses voix ne l’avaient pas trompée et mourut en disant : « Jésus, Jésus. ». Ce qui restait du corps, avec les cendres, fut jeté dans la Seine.

En fait, pensent les historiens, si elle avait été mise en prison d’Eglise réservée aux femmes et si on n’avait pas laissé près d’elle ses habits masculins, elle n’eut sans doute jamais été relapse. C’est ce qu’elle dira elle-même à Pierre Cauchon : « Evêque, je meurs par vous ; si vous m’eussiez mise aux prisons d’Eglise… ceci ne fut pas advenu.

Et bien qu’elle fasse appel au pape, le Saint-Siège n’intervint pas.

Allons maintenant à l’essentiel : son exemple et sa vie ! On peut dire avec ceux qui se sont penchés sur sa spiritualité, qu’elle n’appartient pas à un groupe constitué et au siècle du scrupule, elle fut sans problème. Au siècle de la souffrance réparatrice, elle resta pleine de vie et de naturel. Elle est simple, comme Dieu le veut, elle est à son service et elle croit d’une foi absolue et constante. Pour tous ses actes, « c’est à Dieu que je me rapporte » dit-elle.

Car c’est pour cela qu’elle se veut en état de grâce, ayant horreur du péché qui pourrait la priver de Dieu. En fait, Jeanne ressemble moins au chrétien qui lit l’Imitation de Jésus Christ, inquiet et un peu insatisfait qu’au bon homme paisible dont parle « l’Internelle consolatio ».

Sans s’attarder, comme les moniales nourries du Cantique des Cantiques, aux effusions mystiques ou, comme les familiers des maîtres de l’oraison, aux longues méditations, elle « prend tout en gré » et se borne à aimer de tout son cœur. Et je rappelle, qu’elle fit une place importante à la dévotion du Nom de Jésus. Beaucoup plus qu’un symbole à vénérer, ce nom était pour elle le rappel d’un Seigneur à servir.

Sa famille demanda en 1454 une sentence de réhabilitation au pape et finalement un jugement fut porté le 7 juillet 1456 à Rouen, au nom du pape Calixte III, par son légat, l’archevêque de Reims. Elle fut justifiée et la condamnation de 1431 frappée de nullité. Immédiatement, une messe solennelle et une grand procession lui rendit un hommage public.

Après un grand temps d’hésitation, l’essor de son culte fut très grand au 16ème siècle, puis vint un temps de discrédit au 18ème, durant les Lumières, mais elle alla vers la glorification dans les années 1780 à 1920.

St Pie X la déclara bienheureuse le 18 avril 1909 et Benoît XV, la canonisa le 19 mai 1920.

C’est le 10 juillet de la même année qu’une fête nationale eut lieu en son honneur et sa fête fixée au 8 mai. La fête liturgique est inscrite, le 30 mai au Propre de France. En 1922, Jeanne d’Arc fut déclarée par Pie XI, seconde patronne céleste de la France.

Et en 1929, le Vème centenaire de la délivrance d’Orléans, fut célébré avec faste en présence du Président de la république. C’est dire, après la tourmente de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la renommée dont elle jouissait.

Jeanne est devenue et reste pour beaucoup un symbole de la patrie qui, « chez nous est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous », écrira Michelet. Mais je crois que c’est Charles Péguy, qui dès le début de sa carrière, approfondit ce thème et consacra à Jeanne, d’abord un poème dramatique en trois actes, puis développa sa vie et son message dans l’un de ses chef d’œuvre : « le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc » en 1894 et qu’il nous faudrait relire et méditer.

Que Jeanne nous vienne en aide, de la part de Dieu, dans cette époque troublée, où l’on veut « réapprécier » notre civilisation et nos valeurs humaines et chrétiennes. Certains résistent et ils ont raison devant cet état lamentable de la conscience et de la perte de notre identité. Fasse Jeanne, nous faire sortir victorieux de tous ces propositions qui mettent à bas la famille.

Que le Christ monté au ciel, intercède pour nous et que l’Esprit-Saint que nous célèbrerons le dimanche de Pentecôte, nous donne force et courage pour que nous soyons des témoins intrépides… pour défendre l’honneur de l’Eglise et de la France. Amen. Mons. J-P Ellul.

 

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 22:25

HOMELIE POUR St Charles - 2ème dimanche de carême 2013.

 

+Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit – Amen.

« Vers toi Seigneur, j’élève mon âme, en toi mon Dieu je cherche un abri », avons-nous chanté avec le psaume 24 pour l’introït de cette messe en ce 2ème dimanche de carême.

 

Et l’évangéliste St Matthieu nous rapporte la transfiguration de Jésus, comme pour nous rappeler que nous devons être transfigurés par sa Parole en cette Année de la Foi.

 

C'est sur ce mystère de lumière intense que la liturgie nous invite aujourd'hui pour fixer notre regard, sur le visage transfiguré de Jésus où brille un rayon de la lumière divine. C’est cette même lumière qui resplendira le jour de la Résurrection et cet évangile de la Transfiguration nous apparaît comme une anticipation du mystère pascal, nous invitant à ouvrir les yeux du cœur, sur le mystère de la lumière de Dieu, présent dans toute l'histoire du salut. Déjà, au début de la création, le Tout-puissant dit dans le livre de la Genèse : "Fiat lux - Que la lumière soit!" (Gn 1, 2), et ainsi eut lieu la séparation de la lumière d'avec les ténèbres. Comme pour les autres choses créées, la lumière est un signe qui révèle quelque chose de Dieu: c'est comme le reflet de sa gloire, qui en accompagne les manifestations. Lorsque Dieu apparaît, "son éclat est pareil au jour, des rayons jaillissent de ses mains" rappelle le livre d’Habacquc. (3, 3sq). La lumière, dit-on dans les Psaumes, que le St Père et toute la curie ont médités durant toute cette semaine de retraite au Vatican, animée par le cardinal Ravasi, est le manteau dont Dieu se drape (cf. Ps 104, 2). Ces psaumes doivent devenir tellement nôtres, qu’ils sont comme une « rumination de l’âme en prière ». Avec le Livre de la Sagesse, le symbolisme de la lumière est utilisé pour décrire l'essence même de Dieu : la sagesse, effusion de la gloire de Dieu, est "un reflet de la lumière éternelle", supérieure à toute lumière créée (cf. Sg 7, 27.29sq). Dans le Nouveau Testament, c'est le Christ qui constitue la pleine manifestation de la lumière de Dieu. Sa résurrection a éliminé pour toujours, le pouvoir des ténèbres du mal. A travers le Christ ressuscité, la vérité et l'amour triomphent sur le mensonge et le péché. En lui, la lumière de Dieu illumine désormais de façon définitive la vie des hommes et le chemin de l'histoire: "Je suis la lumière du monde - affirme-t-il dans l'Evangile. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12).

 

Oui, nous avons besoin, en notre temps, de sortir des ténèbres du mal, pour faire l'expérience de la joie des fils et des filles de la lumière, rappelait Benoît XVI dans une de ses homélies sur la Transfiguration. (6 août 2006). Alors qu’il s’apprête à entrer dans une prière intense pour le Corps mystique de l’Eglise, nous voulons remercier notre pape pour ce pontificat, rempli de grâces et de bénédictions.

 

N’oublions jamais ce que nous avons reçu de lui, surtout nous qui en ce diocèse, en notre paroisse, bénéficions de cette liberté qui nous permet de prier et de célébrer avec l’usus antiquior. Merci également à Mgr Pontier, notre archevêque, de nous avoir donné cette paroisse, qui restera à l’avenir réservée aux célébrations selon le missel du bienheureux Jean XXIII.

 

Et je voudrais souligner, rappeler et remercier celui qui a « transfiguré » nos existence et notre liturgie, le pape Benoît XVI, rendant à celle-ci, droit de cité, l’éclairant d’une lumière toute spéciale en écrivant entre autre: « Aussitôt après le Concile Vatican II, on pouvait supposer que la demande de l’usage du missel de 1962 aurait été limité à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entre-temps, il est apparu clairement que des personnes plus jeunes découvriraient également cette forme liturgique, se sentant attirées par elle et y trouveraient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convient parfaitement… » (Motu proprio-Lettre aux évêques ; juillet 2007).

 

Et de rappeler aux évêques du monde entier que « votre charité et votre prudence pastorale serviront de stimulant et de guide pour perfectionner les choses. D’ailleurs, les deux formes d’usage du Rite romain, peuvent s’enrichir réciproquement : dans l’ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints et quelques une des nouvelles préfaces… et dans la célébration selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers la forme ancienne du Rite romain ». Et le pape d’ajouter : « J’en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser, par ce Motu proprio, celui de 1988. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise. En regardant dans le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques, où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise, ont eu leur part de culpabilité, dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider.

 

Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts, afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité, aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau ». (…) « Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie, est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous et ne peut à l’improviste, se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place. Evidemment pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale de la forme nouvelle du Rite romain ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ».

 

Chers frères et sœurs, il me semble que ces phrases résonnent en ce dimanche, comme un testament de la part de notre cher pape, qui dans quelques jours sera dans la prière et l’abandon total au Seigneur. Déjà hier soir, en participant à Toulon à l’ordination de nos deux confrères diacres, Florent Molin et Matthieu Bévillard, conférée par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, je remarquais la profondeur du rite et la prière fervente de l’assemblée, qui chantait d’une seule voix et dans une même communion, le Pater Noster, unissant leurs voix à celle du célébrant.

 

C’est ce que je préconisais humblement, dans les années 1970, malgré mon jeune âge et dès les premières années de mon ordination, rappelant que l’on aurait dû garder le double usage d’un même rite, car je prévoyais et remarquais la fracture qui s’opérait dans l’adaptation de la liturgie de ce temps-là, faite surtout de ce qu’on appelait « la créativité », et qui n’avait souvent plus rien à voir avec la liturgie voulue par le Concile Vatican II et qui a éloigné de l’Eglise combien de nos fidèles ? Le pape le rappelait d’ailleurs la semaine dernière au clergé de Rome, parlant du vrai concile et du concile virtuel, véhiculé par les médias, opérant ainsi la coupure que nous avons connue. Le pape Benoît XVI va continuer de veiller sur l’Eglise. Depuis sa retraite dans l’ancien couvent des sœurs.

 

Depuis le lundi 11 février en la fête de Notre-Dame de Lourdes, le geste fort de Benoît XVI, historique et révolutionnaire, a été décortiqué, analysé, commenté. Et si les spéculations et conjectures ont déjà commencé quant au futur élu, beaucoup s’efforcent encore et surtout de tirer les leçons d’un pontificat trop longtemps malaimé et encore trop méconnu, dont on ne mesure pas toute la richesse et la portée, un pontificat qui n’a cessé de surprendre et de bousculer les clichés et qui restera dans les annales. Benoît XVI n’a jamais voulu être l'acteur principal, il n’a cessé d’appeler les catholiques à revenir à Dieu. Homme secret, intellectuel brillant, il a voulu démontrer que la grande mission de l’Eglise était de relier foi et raison, le regard au-delà du tangible et la responsabilité rationnelle. Il nous faut nous souvenir, des problèmes rencontrés avec la lutte contre le scandale de la pédophilie, mais également le dialogue avec le judaïsme, l’apaisement avec l’islam – et des chantiers qui restent encore ouverts – la normalisation des rapports avec la Chine, le dialogue avec les Lefebvristes, etc…. Benoît XVI a surtout voulu plaider pour plus de vérité et plus de foi dans l’Eglise, seule façon de lutter sur le long terme, contre la dissolution du christianisme. (Romilda Ferrauto)

 

L’impulsion fondamentale a toujours été de dégager le cœur de la foi de ses couches sclérosées, et de donner à ce cœur, force et dynamisme. « Cette impulsion, disait-il souvent, est la constante de ma vie ! » La clé, pour lui, c’était la primauté de Dieu, la référence absolue à l’obéissance de la foi. Ce pape, que l’on a présenté comme un conservateur, fut en réalité un réformateur, mais un réformateur spirituel : la réforme de l’Église qu’il a voulue est un retour au centre, et ce centre, c’est le Christ. Cette spiritualité s’est déployée tout au long de sa mission pontificale.

 

Chers Frères et Sœurs, en ce temps de carême, faisons-nous tout proches du St Père et j’espère que nous serons très nombreux, ce jeudi 28 février à 19h, dans la basilique du Sacré-Cœur, à participer à la messe, que notre archevêque Mgr Georges Pontier viendra célébrer avec tout le diocèse, afin de rendre grâce. Que la lumière de la Transfiguration de Notre-Seigneur vous illumine et vous permette de vous tenir sous son regard d’amour, durant tout ce temps de carême. Avancez vers Pâques, avec un cœur converti, comme le propose St Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens : une vie toute donnée à Dieu, remplie de bonne œuvres et de sacrifices, sans péché, mais au contraire, une vie en Christ profonde, sous le regard de Marie, la vierge du bel amour. Amen. Mons. J-P Ellul.

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 11:08

Jeudi 17 janvier 2013 - 9h.

Messe présidée par Mgr Jean-Pierre Ellul.

Prédication : Diacre Geroges RENOUX 

 

Messe de rentrée tribunal de commerce de Marseille

 

 C’est un honneur pour moi de m'adresser à vous à l'occasion de la rentrée solennelle de votre tribunal et je remercie Mgr Ellul d'avoir pensé que mon passé professionnel et mon présent dans l'Eglise me permettraient de le faire.

En effet, le diacre dans l'Eglise à un présent  professionnel, s’il est encore jeune, ou, le temps passant un passé professionnel. Pour moi ce sont plus de 40 années dans la banque et  la gestion de la dimension économique et financière de ce diocèse durant 11 ans. Avec actuellement une mission, entre autres, de juge à l’officialité régionale du diocèse de Marseille.

Le domaine qui est le vôtre, la justice dans le monde commercial et industriel nécessite précision et rigueur. Appliquer le droit au nom du peuple français est un honneur mais aussi une lourde responsabilité.

 Dans le droit canonique si le principe est le même s’y ajoute une règle fixée  par le dernier canon, le canon 1752.Celui-ci  précise que l'on doit bien sur observer l'équité canonique, c'est-à-dire l'esprit de l'Evangile dans le traitement des situations subjectives particulières, cela doit être appliqué en harmonie avec la loi suprême de l'Eglise qu’est le salut des âmes.

En effet, derrière chaque jugement, pour vous comme pour nous, il y a des hommes et des femmes dont l'existence pourra être profondément modifiée selon la décision prise. Voilà qui interpelle profondément.

Dans toute justice la part d'implication humaine est grande, il revient à chacune ou à chacun de ceux qui exercent une quelconque autorité de s'en souvenir toujours avec humilité et volonté de servir.

L'Eglise voit en  chaque être humain un enfant de Dieu et veut  lui accorder toute l’attention et la considération qui lui est due, tout en faisant respecter les règles qui lui paraissent les plus aptes à assurer la bonne harmonie entre les êtres.

 C'est ce que démontre Jésus dans l’Evangile que nous avons entendu. Un lépreux s'approche de Jésus, démarche audacieuse car les lépreux sont des gens tenus à distance de la population du fait qu’ils sont considérés comme des impurs. "Si tu le veux, tu peux me purifier". Et Jésus le purifie. Ainsi Jésus n'a pas repoussé cet homme que l'on tenait à l'écart mais au contraire il étend la main vers lui et aussitôt il est guéri. Cependant, Jésus veut qu'il se conforme à la loi, c'est le prêtre qui peut authentifier la guérison et donc le délivrer de son obligation de vivre à l’écart. Mais le lépreux, tellement heureux d’être guéri ne le fait pas mais proclame la grandeur de Dieu à travers l'action de Jésus.

Dans la lettre aux Hébreux  nous avons entendu son auteur nous rappeler, ce qui était déjà dans le psaume, "n’endurcissez pas votre cœur". C'est le défi de tout être humain aujourd’hui. Nous  voyons malheureusement nombre d’exemples opposés dans toutes les relations humaines, celles du travail malheureusement trop souvent.

Les sujets de discorde, de discussion, de divergences  sont si nombreux  et actuellement peuvent être  exacerbés par la rapidité de la communication.

Cependant en France, jusqu'ici, tout semblait se passer dans un cadre établi et qui semblait être à peu prés consensuel pour tous.

Et voici qu'apparaisse des discordes profondes sur ce qu'est le mariage et la famille, alors que ces repères n’étaient pas mis en question dans l’organisation de la société jusqu'ici. La position de l'Eglise est bien connue et elle n'est ni ringarde ni rétrograde puisque la plupart des religions et  nombre d'associations  laïques aussi s'inquiètent d'une évolution considérée comme nuisible  (par exemple, dans l'union nationale des associations familiales (UNAF) qui regroupent 8000 associations) ..

Il nous faut en effet être très attentif sur le sens de cette évolution. Le Grand Rabbin Gilles Bernheim que le Pape Benoît XVI cite d'abondance dans ses vœux aux Corps  Constitués du Vatican, le grand rabbin de France précise, dans un traité récent, que “l'atteinte à l'authentique forme de la famille constituée d'un père, d'une mère et d'un enfant parvient à une dimension plus profonde... Il devient clair maintenant qu’ici est en jeu la vision de l’être même, de ce que signifie le fait d'être une personne humaine. “

Et le Pape reprend également et développe son opposition à la théorie du genre qui finalement sous-tend les démarches actuelles. Cette théorie part du principe que l'on ne nait pas homme ou femme mais qu’on le devient. Le support de cette philosophie est la réflexion de Simone de Beauvoir "on ne naît pas femme on le devient".

Ce n'est donc “plus un donné d’origine de la nature, mais un donné  que l'être humain doit accepter et remplir personnellement de sens“. C’est un rôle social dont on décide de manière autonome, alors que jusqu'ici c'était à la société d’en décider. L'être humain peut donc nier sa nature et vouloir se la créer  lui-même.

Pour bien montrer ce que cela implique un évêque expliquait récemment :“ vous ne pourrez  plus donner une poupée à une petite fille ou un camion de pompiers à un petit garçon sans que l'on puisse vous accuser de les conditionner et ainsi de les  gêner dans leur libre choix.“

Vous comprendrez donc bien que l'Eglise fidèle à l'enseignement de la Bible et la révélation de Jésus-Christ ne puisse voir l’avenir que dans le mariage d'un homme et d'une femme et que la loi naturelle définisse la personne.

Finalement, frères et sœurs, chers amis, ce qui fait la joie d'être chrétien c'est que nous sommes porteurs d'un Amour qui nous dépasse et que nous avons mission de porter vers tous les êtres humains, (avec nos faiblesses, nous les connaissons, elles sont grandes,) mais nous sommes forts de l'aide de l'Esprit Saint de Dieu qui est le guide de notre chemin.

Vous êtes représentants d'une institution qui remonte ici à Marseille à des temps très anciens. Les changements de régime politique  n'ont pas remis en cause le fondement de votre institution si nécessaire au bon fonctionnement des transactions commerciales et industrielles. Notre beau pays a besoin d'institutions fortes comme l’est la vôtre  pour affronter la mondialisation, le monde étant désormais l'espace dans lequel nombre de nos entreprises sont impliquées.

En ce début d'année permettez-moi de formuler des vœux pour vous-mêmes et celles et ceux qui vous sont chers, que le Seigneur éclaire votre activité et vous inspire dans chacun de vos jugements.

 

 

 

 

 

Georges Renoux

Diacre permanent

Église Saint-Charles à Marseille

Le 17 janvier 2013

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:12

Paroisse St Charles – Dimanche 20 janvier 2013.

Textes :  Lettre de St Paul aux Romains, 12, 6-16. - Evangile selon St Jean, 2, 1-11.

 

+ Au nom du Père, du Fils et du St Esprit.

Frères et Sœurs,

        Les noces de Cana. ! Comme les choses sont bien faites par le Seigneur. Alors que la semaine dernière, la Sainte Famille était proposée à notre prière et à notre méditation, c’est en ce dimanche, le miracle de Cana qui s’opère sous nos yeux ! Jésus est invité au mariage de deux jeunes époux. Un homme et une femme s’unissent sous le regard de l’Eternel, font alliance avec lui, rappelant les épousailles de Dieu avec l’humanité, comme le note si bien le Livre d’Osée, une union, pour fonder une famille et accueillir les enfants que le Seigneur leur permettra d’avoir.

        En ces temps troublés, où notre civilisation est mise à mal, où nos fondements chrétiens et nos textes les plus sacrés sont moqués, galvaudés et décriés, le Seigneur vient nous redire son amour et nous demander de tenir ferme dans l’espérance, pour que nous soyons des témoins intrépides de la foi.

Près d’un  million de personnes, de tous âges confondus, dimanche dernier, à Paris, ont redit haut et fort, que nous ne laisserons pas faire, et que, jusqu’au bout, nous affirmerons, mais est-ce nécessaire, qu’une famille : c’est un père et une mère ? Je ne vois pas où est la discrimination, dans l’affirmation, de ce que dès les origines, la Genèse nous rappelle : il les créa hommes et femmes et à cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme, dit Jésus, dans les évangiles de St Matthieu et de St Marc, et tout deux ne feront plus qu’un.

Alors, puisque nous réfléchissons et méditons sur ce texte des noces de Cana, qu’auraient dit les disciples, et Marie, si dans l’assistance on était venu dire, comme on l’a entendu hier et comme je l’ai lu ce matin dans la presse : « Jésus est né d’une procréation miraculeusement assistée ».

Vous imaginez un instant, si l’un des manifestants, ou un homme politique avait parlé ainsi du Coran ? D’abord, il aurait eu peur de le faire, ensuite, il y aurait eu un tollé dans la presse et les médias et les musulmans l’auraient pris pour une insulte. Mais « insulter » les chrétiens, les catholiques, c’est comme si cela allait de soi ! Et bien non !

Nous ne sommes pas d’accord et nous le disons haut et fort, car ce n’est pas être rétrograde, que de vouloir que l’on nous respecte.

        Peut-on entendre et lire ceci, sans réagir ? Au risque de faire de la publicité à celui qui l’a prononcé, (mais c’est à la portée de lecture de tout un chacun), peut-on lire ceci sans réagir ? "Le débat actuel, est pollué par une déferlante réactionnaire,des combats moraux d’arrière-garde, et des mots d’ordre d’un autre siècle. Cette loi pour le mariage pour tous, estla seule qui pourrait être qualifiéede naturelle : elle participeau développement de l’émancipation humaine. C’est un droit fondamental : celui de la reconnaissance de toutes les formes de famille. On ne reculera pas sur des valeurs de justice et de progrès". (La Provence – 20 février 2013).

        Est-ce un progrès, quand on veut supprimer du Droit, les notions de père et de mère, pour y mettre parent 1 ou parent 2 ? Est-ce un progrès, quand on touche aux bases fondamentales du Droit, pour quelques personnes, et parce que c’est une promesse électorale ? Non, c’est un recul de civilisation.

Frères et Sœurs, je cite encore cette dernière phrase : "Pendant que l’on se bat dans les écoles publiques, pour lutter contre l’homophobie, honte à la direction de l’Enseignement Catholique, qui instrumentalise les enfants". (La Provence – 20 février 2013).

On se croit revenu au début du XXe siècle, tant les propos sont inadaptés et faux. Le Conseil Permanent de la Conférence Episcopale des Evêques de France, met en garde en écrivant : Une majorité politique ne peut, sans dommage pour le bon fonctionnement démocratique, ignorer les réactions que suscite chez tant de nos compatriotes, le projet d'une telle « réforme de civilisation ». La mission du politique est d'offrir le cadre d'une authentique réflexion sociale sur ces questions majeures que sont la transmission de la vie et la nature des liens humains. C'est pourquoi nous souhaitons, qu'à l'occasion du débat parlementaire, les élus et les politiques proposent des solutions et des formulations qui soient respectueuses du caractère hétérosexuel du mariage, de la filiation et des personnes homosexuelles. Pour notre part, comme évêques, nous invitons les communautés catholiques, à poursuivre la réflexion sur ces enjeux fondamentaux. (Conférence des évêques de France - 16 janvier 2013).

        C’est pour cela, Chers Frères et Sœurs, que je me suis permis de rappeler ces quelques réactions, non pour juger les personnes, le Christ ne l’a jamais fait, mais pour nous permette de continuer de prier, comme nous l’avons fait, (nous, qui ne pouvions participer à la manifestation de la semaine dernière à Paris), à prier pour que le bon sens l’emporte, et pour que nos valeurs chrétiennes soient respectées.

Puis-je rappeler ce que je disais déjà, dans l’homélie des Messes de la Nativité au Sacré-Cœur ?

«… Nous-mêmes et nos familles, nous ne pouvons pas vivre dans l’incertitude, toujours en train de nous « déconstruire », pour trouver quoi ? L’illusion de liberté ? Une recherche stérile du « rien » ? Non, car nous sommes créés par lui, créés par amour, créés hommes et femmes. Et désormais, nous voudrions contester cette réalité de la création ?

« Mais, si la dualité d’homme et de femme n’existe pas comme donnée de la création, alors que sommes-nous ? Qui sommes-nous ? Alors la famille n’existe plus, comme réalité, donnée par le créateur ! Et l’enfant perd la place qui lui revenait jusqu’à maintenant, ainsi que sa dignité ; il devient quoi ? Un objet ? Mais l’enfant n’est pas un objet que l’on veut avoir, sans référence à l’autre ! Là où la liberté «du faire », devient la liberté « de se faire soi-même », on parvient tout simplement, à nier le créateur… Et l’homme même, comme créature de Dieu, comme image de Dieu, est dégradée dans l’essence de son être.»

Voilà comment, en quelques phrases, le pape Benoit XVI a rappelé le principe fondamental de la création et de l’homme, dans ce qui lui est le plus précieux, lors de ses vœux à la Curie Romaine. (décembre 2012).

C’est vers Jésus, l’Enfant de la crèche que nous nous tournons, pour lui demander de faire de nous tous, chrétiens, catholiques, des défenseurs des valeurs fondamentales de notre identité. En cette année de la Foi et de Nouvelle évangélisation, il est venu le temps de proclamer haut et fort, que nous ne laisserons pas faire ; et même si nous sommes tournés en dérision, même si d’aucuns veulent que nous restions dans nos sacristies, sous couvert de laïcité, nous dirons que la Parole de Dieu, que la Parole du Christ, ne se galvaude pas, qu’elle se respecte, comme l’on respecte les données fondamentales des autres religions, et d’ailleurs nous ne sommes pas les seuls, loin de là, à vouloir ce respect. » (Homélie pour la Nativité de 2012).

Comme à Cana, écoutons la Vierge Marie nous dire : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Et bien nous changerons la haine en respect ; la dérision en reconnaissance de ce que nous sommes, nous catholiques ; la peur en intrépidité, car tout cela, nous ne le faisons pas seulement pour nous, mais pour les générations à venir.

Que le Seigneur Jésus, change nos eaux dormantes et quelques fois étiolées, en vin nouveau, celui de l’alliance éternelle, celui qui est son Sang, versé pour nous, pour le pardon de nos péchés, qui avec son Corps, viens vers nous en chaque messe, pour fortifier notre foi et faire de nous tous, d’autres Christ, car baptisés et plongés dans sa mort et sa résurrection, nous sommes des êtres nouveaux, appelés par l’Esprit-Saint à témoigner, à temps et à contre temps, de notre appartenance au Christ et à son Eglise.

N’a-t-elle pas les Paroles de la Vie Eternelle ?

Amen.  Mons. J-P Ellul.

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 21:54

Photo St Charles 038

Messe à St Charles – 4 novembre 2012.

Au nom du Père et du Fils et du St Esprit – Amen,

Chers frères et Soeurs,

Nous sommes heureux de fêter notre saint patron, St Charles Borromée. J’étais d’ailleurs venu en célébrer la mémoire, il y a deux ans, et nous avions pu découvrir une fois de plus, quel grand archevêque il fut.

Une vie pas facile, mais où les béatitudes qui résonnèrent dans son cœur, le firent changer radicalement de comportement, se mettant alors, et totalement au service de son diocèse, malgré les fatigues et les nombreuses contradictions qu’il rencontra.

Naître un 2 octobre 1538 ; être destiné, aux plus hautes fonctions ecclésiastiques, neveu d'un pape, nommé cardinal à 22 ans, Charles, celui que l’on nomme encore « Carletinno », est submergé de charges honorifiques très lucratives : son revenu annuel était de 52 000 écus, soit plus de « mille tonnes d'or fin ».

Il reçoit les revenus du diocèse de Milan, des abbayes de Mozzo, Folina, Nonatella, Colle, et de quelques autres légations : Bologne, Spolète, Ravenne… Il reste laïc, grand amateur de chasse et de musique de chambre. Mais la conscience de son devoir est telle, que dans la vie mondaine et brillante de Rome, il s'impose par sa rigueur et par son travail. Il collabore efficacement à la reprise du Concile de Trente, interrompu déjà depuis huit ans.

Et au moment de la mort subite de son frère aîné, alors qu'il pourrait quitter l'Eglise, pour la charge de chef d'une grande famille, il demande à devenir prêtre. Il est ordonné le 15 août 1563, en la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, et la consécration épiscopale lui est donnée le 7 décembre suivant. C’est le 12 mai 1564 qu’il est nommé archevêque de Milan, mais le pape le retient, et la mort de Pie IV lui permet de rejoindre son diocèse. Désormais il accomplit par vocation ce qu'il réalisait par devoir.

Etre riche et devenir pauvre ! Etre nanti et tout donner ! Etre respecté, envié pour sa fortune et sa proximité avec son oncle le pape Pie IV, et tout quitter pour rejoindre enfin son diocèse comme le Concile de Trente, qui venait de s’achever depuis quelques années le lui recommandait.

D’autant qu’il en avait suivi, non pas l’esprit, … (qui déjà en ces temps-là… -permettait à d’aucuns… de prendre ses prescriptions à la légère ou de les rejeter-),… mais la mise en œuvre, c’est-à-dire que le concile recommandait : que l’évêque doit être le pasteur de son Eglise diocésaine, montrant l’amour et la dilection du Bon Pasteur, qui connaît ses brebis et qui marche à leur tête.

C’en était fini des « mercenaires » dont les diocésains ne reconnaissaient pas la voix ; terminé également, fêtes et somptuosités, dans les couvents de Milan, où l’on dansait et où l’on se déguisait. Non ! Tout cela devait disparaître, pour laisser place à la prière et aux sacrifices, à l’intériorité évangélique, que demandaient Jésus le Bon Pasteur.

Et comment mettre au pas, avec la douceur nécessaire, les prêtres et les religieux, qui ne voulaient pas se rendre à ses observations ? Mais en les priant de faire « le pèlerinage », chez l’archevêque, qui avec douceur, leur proposait soit la maison de retraite, ou le couvent, soit d’amender leurs mœurs, pour être au service du peuple de Dieu, dans leurs paroisses.

Tant d’adversaires vont essayer de le faire tomber, de le détourner du chemin qu’il s’est tracé, sous le regard du Christ, mettant en pratique le Concile de Trente ; comme ce groupe dit « les Humiliés », descendants dégénérés d’une sorte de tiers-ordre bénédictin, pseudo-moines, enrichis dans le négoce de laines et qui vivaient à presque 200, dans des palais, au luxe scandaleux. Quand l’archevêque voulu les contraindre à plus de tenue, et surtout, à plus de pauvreté, ils se fâchèrent, et l’un deux, un dénommé Farina, lui porta un coup d’arquebuse en pleine messe.

Séminaires, restauration des paroisses regroupées en doyennés, liturgie rénovée, chant choral, et remise en forme du grégorien, offices en tous genres, tout cela faisait la fierté des Milanais, mais pour d’autre, cela faisait crier et geindre, car les mauvaises habitudes étaient ancrées.

On le disait trop « progressiste », on rejetait ce Concile de Trente, qui apportait trop d’ouverture, trop de changements. A l’heure où nous rêvons « d’un âge d’or » et d’un « retour en arrière », pensant qu’avant, c’était mieux, il a vécu lui-même, les affres de la révolte du clergé et de certains laïcs, qui ne l’entendaient pas ainsi.

Même l’ordre des jésuites était en « état de murmuration », car ils désiraient que leur Compagnie, bénéficiât des efforts de réformation, et que les meilleurs sujets, qui se présentaient pour l’état ecclésiastique, furent drainés chez eux. Charles Borromée pensait surtout à ses séminaires, à son futur clergé, et pour cela, il créa les Oblats de St Ambroise, sortes de missionnaires séculiers qu’il avait bien en main.

Et comme à Marseille en 1720, (et nous venons, il y a deux jours, en la fête de Toussait, de faire mémoire ce le 1er novembre, des 292 ans, de la consécration du diocèse et de la ville, au Cœur Sacré-de Jésus), comme Mgr de Belsunce le fit, en prenant exemple sur lui, St Charles Borromée, en 1576, subit le désastre de la peste, qui fut la plus horrible de l’époque. Les malades enfermés dans des lazarets mouraient de froid et de faim, d’autant que personne n’allait leur porter secours de peur de la contagion.

L’archevêque alla lui-même les visiter, célébrer la messe pour eux, leur donner l’extrême-onction. Il avait même le temps de faire écrire ses instructions, pour que les secours leurs parviennent, des lettres sublimes, qu’il nous faudrait relire, tant la charité, la miséricorde et la mansuétude du Christ, sont à toutes les pages, provoquant chez certains un retournement intérieur, venant l’aider dans son œuvre de salut. Il vendit tout ses biens, jusqu’à ses meubles et ses couvertures. « Il n’a plus de quoi vivre lui-même » disaient ses contemporains, mais on dirait qu’il ressuscite les morts par sa présence ». "Pour éclairer, la chandelle doit se consumer", disait-il à ceux qui lui demandaient de se reposer.

Epuisé par tout cet incroyable effort, St Charles Borromée mourut, épuisé, en 1584, à l’âge de 46 ans, laissant à l’Eglise ce modèle d’évêque qu’après lui un St François de Sales et bien d’autres devaient suivre l’exemple. « De la richesse, devait dire son panégyriste, lors de son oraison funèbre, Charles ne connut, que ce qu’un chien reçoit de ses maîtres : de l’eau, du pain et de la paille ».

Pour nous, au-delà des ces quelques notes historiques, tirées des ouvrages « Catholicisme d’hier et d’aujourd’hui » (pages 992-994, tome II), ainsi que de celui de Daniel Rops, sur les évêques réformateurs issus du Concile de Trente, (Réforme Catholique, p. 14 à145),c’est l’exemple du don total qui en ressort.

Comme Jésus, il a donné sa vie pour ses brebis. Comme le Christ, il a été obéissant à Dieu, il a mis en pratique les béatitudes, ce sermon sur la montagne, ces phrases qui sont, pour tous les temps, et pour toujours, le code de la route évangélique, route qu’il nous reste, toujours et encore à emprunter, pour entrer dans le Royaume des Cieux.

Que cette fête renouvelle en nous, l’amour de la Ste Trinité et de l’Eglise, en étant toujours fidèles, à ce qu’elle nous dit.

Nous qui, en cette Année de la Foi, entrons dans une période de turbulence, où les valeurs s’étiolent ; nous chrétiens, nous ne pouvons pas laisser faire sans protester; non pour entrer dans je ne sais quelle guerre, mais pour dire, haut et fort, que nous ne voulons pas que l’on falsifie, pour l’agrément de certains, les lois morales, le sacrement de mariage… et l’éthique de fin de vie et la culture, qui font notre fierté de Français et de catholiques et de bien d’autres encore.

Nous avons à défendre ces valeurs, nous devons dire, haut et fort, notre désaccord, mais… en vivant une vie, digne de l’Evangile, dont nous nous référons.

Je conclus cette homélie, avec ces trois conseils de Saint Charles que vous connaissez certainement : -o- Aie grande confiance dans le Seigneur, il veut toujours ton bien. –o- Exerce-toi à la connaissance de toi-même. -o- Dans la prospérité, évite une trop forte allégresse. Elle risquerait de te faire oublier à ton âme, les misères et périls existentiels.

Que l’intrépidité de St Charles Borromée nous vienne en aide et que le Seigneur et son Esprit-Saint nous assistent et nous accompagnent dans notre démarche de foi.

Ainsi en est-il, de la part du Seigneur ! Amen.. Mons. Ellul.

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 20:57

 

Messe 12 janvier 2012

 

Eglise Saint Charles

Chers amis, frères et sœurs,

C’est pour moi une joie que de célébrer avec vous aujourd’hui l’ouverture de l’année judiciaire de votre tribunal. C’est aussi une grande joie que de constater et de louer la fidélité avec laquelle vous participez à cette célébration.

Cette fidélité n’est pas uniquement une tradition, aussi pieuse qu’elle soit, je pense qu’elle signifie beaucoup plus que cela. Bien sûr d’aucuns pensent sans doute y voir la manifestation un peu ostentatoire d’une foi que l’on voudrait voir reléguer dans les oubliettes de nos consciences sinon de l’Histoire elle-même. Mais je ne crois pas, là encore que vous soyez venus ce matin devant le Seigneur par esprit de fierté ou d’orgueil. Je pense même qu’il s’agit exactement du contraire.

En vous plaçant au début de cette année sous le regard de Dieu, nous y voyons une démarche d’humilité véritable et juste. Vous qui êtes chargés de grandes responsabilités, de dire le droit et de rendre la Justice, vous venez ici en ce matin demander à Dieu la force et la clairvoyance nécessaires pour faire cela d’une manière digne et compétente. Cette démarche est bien la marque d’une humilité face à un devoir qui vous dépasse tous, face à une fonction qui est la vôtre et dont vous sentez bien qu’elle ne peut se résumer ni à une élection ni à une nomination aussi prestigieuse soit elle.

En venant devant le Seigneur, ce n’est pas l’orgueil ou je ne sais quel esprit de revendication qui vous anime, mais le sentiment profond que vous êtes les dépositaires d’une mission, d’un ministère dont la légitimité se fonde bien au-delà et bien au-dessus de la simple application des Lois. Montesquieu voulait que les juges fussent seulement la « bouche de la Loi », mais cela ne saurait suffire à donner à vos décisions la force et la valeur nécessaires, il vous faut être surtout les instruments de la Justice, d’une justice rendue pour les hommes et au service des hommes.

Là où vous êtes et dans les circonstances actuelles que nous vivons c’est bien l’humanité qu’il nous faut prendre en compte afin de nous souvenir que nous ne sommes pas des mécaniques ou les jouets d’une situation économique. L’humanité, le respect de la dignité de la personne humaine est le cœur ou devrait être le cœur de nos préoccupations notamment dans la vie économique et sociale que vous avez à connaître. La recherche de la justice ne saurait être la simple application logique presque arithmétique de principes juridiques, il convient d’y mettre de l’humanité et de se souvenir que tout cela n’existe que par et pour l’humanité.

Pour nous chrétien nous connaissons la réponse à notre recherche de la Justice, elle se trouve dans le visage du Christ, dans les gestes et les paroles de Celui qui est venu dans ce monde non pas seulement pour nous guérir physiquement, comme dans l’évangile que nous venons d’entendre, mais aussi et surtout pour nous révéler par là même, la grandeur et la beauté de la personne humaine : la vocation à l’Amour. Oui à la place où vous êtes, vous avez certainement conscience que dire le droit c’est avant tout prendre soin de la beauté de la personne humaine, y compris lorsqu’il convient de la redresser, parce qu’il y a quelque chose en elle qui transcende la seule réalité subjective et que vous êtes au service de cette transcendance et non pas des intérêts des uns ou des autres voire de vous-même. En un mot, vous participez à la recherche de ce Bien Commun si cher à la Doctrine Sociale de l’Église qui est le seul cadre possible dans lequel la recherche commune du bonheur et de la place de chacun peut trouver sa force et son plein épanouissement. Le Concile Vatican II s’exprimait ainsi, « dans la vie économique et sociale aussi, il faut honorer et promouvoir la dignité de la personne humaine, sa vocation intégrale et le bien de toute la société. C’est l’homme en effet qui est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économique et sociale ». GS 63.

Je crois que les affaires auxquelles vous êtes confrontés tous les jours vous rappellent au combien la vérité de cette simple constatation. La justice que vous rendez ne saurait être seulement la recherche de l’ordre, elle doit surtout au final exprimer l’amour des hommes. Notre Saint Père le Pape Benoît XVI nous rappelle « Non seulement la Justice n’est pas étrangère à la charité, non seulement elle n’est pas une voie alternative ou parallèle à la charité : la justice est inséparable de la charité, elle lui est intrinsèque ». C’est là la véritable grandeur de votre mission. Et il est beau en ce matin de voir des hommes et des femmes revêtus de cette haute fonction de dire la Justice, venir rappeler par cet acte d’humilité devant le Créateur, la vive conscience que vous avez de ce ministère au service du Bien commun de notre société. Soyez attentifs dans vos décisions à vous souvenir que le bien commun n’est pas simplement la recherche d’un bien considéré en lui-même, mais qu’il est la recherche d’un bien pour les personnes qui appartiennent à notre société. « On aime d’autant plus efficacement l’autre que l’on travaille davantage en faveur du bien commun » C’est, en dernière analyse, au service de la Charité que tout votre engagement, toute votre mission, doivent tendre pour répondre à cette question de la valeur de la Justice que vous être chargés de rendre.

Seul Dieu peut nous empêcher du vertige qui pourrait nous prendre lorsque nous considérons l’immense distance qui sépare la Justice que nous rendons et la Justice que nous voudrions rendre. C’est la contemplation simple et profonde du visage du Christ qui peut nous instruire sur le chemin à suivre et les actes que nous devons poser pour rendre à chacun ce qui lui est du.

Oui chers amis, frères et sœurs, je suis heureux aujourd’hui de célébrer avec vous cette Messe où nous faisons preuve de cette humilité qui est la marque de la véritable grandeur. En vous mettant à l’écoute de la Sagesse de Dieu vous manifestez la véritable sagesse que l’on se doit d’attendre de vous. Hors de toute polémique vous vous situez dans la seule attitude juste possible. Inscrits dans le temps, dans l’espace dans une société donnée qui est la nôtre, votre engagement au service de la Justice et partant de la charité envers toute personne qui vient à vous, vous ouvrez un chemin qui nous place tous devant la beauté de la personne humaine appelée dès ici-bas à manifester son attachement au monde à venir, à l’avènement de la Cité de Dieu. Faisons donc notre cet appel pressant du Christ, « Recherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33)

Ainsi, ayant l’amour comme guide et but de votre ministère par cet acte fidèle d’humilité vous en aurez manifesté l’immense grandeur.

 Monsieur l'Abbé Stéphan SCIORTINO-BAYART
Presbytère
Cour de Clastre
13400 AUBAGNE


 

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